Je connais l'objet de ma nostalgie. C'est déjà un bien. S'il s'était agit d'un ennui profond, je serais perdu dans une recherche désespérée de ce qu'il pourrait m'en faire sortir, et chaque chose
me semblerait vaine et inutile. Dans ma nostalgie, ce n'est pas chaque chose qui est vaine et inutile, il y a une exception. Rien, je ferais mieux de ne pas voir la clé en cette exception. Elle se
trouve en Afrique et se nomme Nina. Elle a aussi hanté mes rêves la nuit dernière, je l'embrassais nous étions caché des regards, elle m'a dit qu'il ne fallait pas que son père nous voit. Je pense
beaucoup à elle ce matin, dans quelques jours peut-être plus. J'espère. Moi et ces pensées, la force de ces moments d'hier, ça laisse une trace du temps, le problème est la mémoire et le souvenir
comparé aux faits, où il n'en reste rien. Rien que de la douleur et de la nostalgie. Puis ce sentiment d'irrémédiable, d'amour qui ne sera jamais fini, ce sentiment d'être condamné à porter le
poids d'un souvenir qui a le malheur d'être heureux. « je ne t'oublierais jamais », dit-il.
Je restais quand même un peu la tête dans mes souvenirs, ces derniers jours. J'étais comme un insomniaque, jamais vraiment réveillé, jamais vraiment endormi. Un peu ici un peu là-bas, avec le
problème de lui faire un cadeau, sans savoir quoi, le problème de mes errances universitaires et des diverses paperasses. Je ne vois rien nulle part. J'attends, triste que le passé l'est si vite.
Des idées traversent parfois mon esprit et s'enfuient devant sa misère. Je ne les retiens même pas. « je ne t'oublierais jamais, et je ne vivrais plus ». Je ne t'oublierai jamais parce que jamais
est hors du temps et que je rêve que ces moments avec toi le soient. Ou alors jamais passe aussi et je renaîtrai peut-être, mais si cela arrive je te promets que ce sera parce que je ne serais plus
le même, et parce que je ne m'en rendrai pas compte. Le blues. Tout à l'heure il est parti en lisant Franquin, mais je sais que ça ne te suffira pas, à toi et mon blues. Je sais que rien ne suffira
jusqu'à ce que tout disparaisse et redevienne normale. Alors je me demande où est la norme. Je lis mes textes des autres filles, et ça me paraît vide, mais quand j'approche ces phrases qui sont à
toi, un malaise, un enchantement, un risque se glisse derrière chaque mot et le fait vivre. Oui, je regrette de ne pas avoir dormis à tes cotés quand tu me l'as proposé, mes rêves ô mes rêves
sauvez moi, je ne pourrais plus le faire moi-même, je n'aurais sûrement pas pu, je regrette.
Aujourd'hui je cours après une odeur, une image, des expressions qui t'appartiennent, qui me laisse voir encore un peu de passé. Qui me saisissent et me font plonger dans cet étrange sentiment...
Qu'elle est cet amour, qu'elle est cet espoir. Mais rien derrière qui puisse faire songer à un futur, une réalité. Ces choses sont là, simplement parce qu'elles l'ont été, rien aujourd'hui sauf le
sentiment. Foutu continents et Terre si grande. Foutu misère. Foutu foutu. Ce qu'il y a, ce sont ces petits moments de bonheur, dont on aimerait tant qu'ils se répètent, contrairement aux grands
moments de gloire qui ne peuvent être là qu'une fois. Mais sur lesquels on met aussi des mots et des images, pour les oublier plus facilement, tandis que nos petits moments, eux, continuent leur
ronde dans nos têtes, et fond souffler le vent de la nostalgie. Aussi pompeux que cela soit.